Communication non-violente

Nous avons été façonnés majoritairement par une communication violente et aliénante, selon les agissements d’une violence éducative ordinaire qui est en fait une pédagogie noire, pour reprendre les termes d’Elisabeth Miller. Elle nous a laissés meurtris, blessés, carencés, rabougris, infantiles, dans nos processus vitaux, biologiques, émotionnels, et mentaux.

Il existe une Communication Non-Violente (CNV), adulte, qui habilite ou réhabilite les processus d’échanges vitaux, qui correspond au contact direct avec la vie. La Communication NonViolente, également appelée empathique ou bienveillante, a été décrite par Marshall Rosenberg, aux USA. Elle prend en compte les travaux de Carl Rogers et d’Abraham Maslow (voir la pyramide de Maslow dans la rubrique  « Avoir et être. Désirs et besoins »)

C’est une révolution pour les relations humaines, familiales, professionnelles, amicales, nationales, internationales ;

La CNV est Simple: elle repose sur quatre piliers (O. S. B. D.) :

           1 – l’Observation (facts) des faits, des événements, la constatation historique,

           2 – les ressentis (feeling), les Sentiments, les émotions, par rapport aux observations,

           3 – les Besoins (needs), les valeurs, les aspirations, mis en jeux dans les situations,

           4 – qui amènent à formuler une Demande (request), à agir, par rapport à soi-même ou à son(ses) interlocuteurs.

La CNV est difficile à pratiquer car elle remet en cause radicalement nos façons habituelles de fonctionnements relationnels (gagnant/perdant ; fort/faible ; raison/tort ; récompense/punition ; menace/soumission);

Elle est accessible à tous ceux qui sont motivés pour échapper aux modèles ordinaires de comportement et apprendre ce nouveau langage, basé sur l’écoute, l’ouverture, et le respect, de soi-même et de l’autre.

C’est un moyen de sortir de la peur, du jugement, des stratégies de défense et d’attaque, et d’établir des échanges basés sur la confiance et l’estime réciproques.

La CNV nous invite à renouer avec nous-mêmes comme avec autrui en laissant libre cours à notre bienveillance naturelle. Elle nous engage à reconsidérer la façon dont nous nous exprimons et dont nous écoutons l’autre. La communication, qui repose sur l’alternance de deux phases, émetteur/récepteur,se présente ainsi en CNV : 

        I – Exprimer sincèrement ce qui m’anime, ce qui se passe en moi, sans faire de critique ni de reproches, plutôt que ce que je pense, juge, de l’autre,

       II – Ecouter, recevoir, avec empathie ce qu’exprime l’autre, ce qui l’anime, ce  qui se passe en lui,sans entendre ni critiques ni reproches,

La CNV suscite qualité d’écoute, respect, et empathie, et fait naître un courant de générosité réciproque. La CNV peut être utilisée pour cerner ses propres besoins, approfondir une relation de couple, établir de bonnes relations professionnelles, gérer des situations politiques, dénouer toutes sortes de différends ou de conflits.

Le mécanisme de base, dans la communication aliénante, de la motivation de quelqu’un par la culpabilité, consiste à attribuer nos sentiments (« feelings »), nos ressentis, à l’autre. C’est de sa/ta faute, si et quand……….Ex.: «Quand tu as de mauvaises notes à l’école ça me fait de la peine, ça me rend triste ».

Or nos besoins sont légitimes et importants, et nos sentiments sont en relation avec eux. Si je n’accorde pas de valeur à mes besoins, il est peu probable que les autres leur en accordent. Et la meilleure chance pour qu’ils soient satisfaits consiste à les exprimer clairement et directement.

En CNV on distingue trois phases d’évolutions vers la non-violence :

  1. D’abord l’esclavage affectif, où je suis persuadé d’être responsable des sentiments d’autrui, et que l’autre est responsable des miens.
  2. Ensuite la phase exécrable, de rejet de responsabilité de l’autre, et où j’exprime mes demandes de façon désagréable,souvent avec colère : « C’est TON problème…..et jet’emm… !, voilà ce que je ne veux pas et ce que je veux, et c’est comme ça et c’est  tout ! »
  3. Enfin la phase de libération affective où je prends la responsabilité de mes intentions et de mes actes. Je réponds aux émotions et aux besoins des autres avec bienveillance, et non plus par crainte, culpabilité, ou honte. Ni soumis ni rebelle.

Lorsque nous parvenons à la phase de libération affective nous sommes conscients que nous ne pouvons pas satisfaire nos besoins au détriment des autres.

Atelier d’apprentissage de la CNV au Pignolet

La dépression, du point de vue de la CNV, se produit quand nos besoins ne sont pas satisfaits, quand nous n’obtenons pas ce dont nous avons besoin. D’abord nous n’obtenons pas ce dont nous avons besoin parce que nous n’avons pas appris à exprimer nos besoins . Nous avons appris à être un enfant modèle, un parent modèle, ou l’inverse par réaction, mais c’est la même chose fondamentalement. « La dépression est la récompense que nous obtenons pour notre conformité à un modèle ». (voir la rubrique l’Ombre et l’inconscient)

De plus un jugement négatif sur moi-même, que je suis nul, que je n’ai que ce que je mérite et je ne mérite pas davantage, que le bonheur n’est pas pour moi, que je ne mérite pas d’être heureux, que je mérite des coups et seulement des coups, verrouille la situation de dépression.

L’expression en termes négatifs de ce que je ne veux pas ou ne veux plus, ne suffit pas. L’expression en termes positifs et concrets de ce que je veux est indispensable pour obtenir ce dont j’ai vraiment besoin. Le cerveau archaïque, biologique, connaît et reconnaît l’affirmation ; il sait y répondre, y donner suite. Il ne connaît pas la négation.

Les demandes qui sont formulées sans être accompagnées des sentiments et des besoins de celui qui parle peuvent être entendues comme des exigences. Les demandes sont perçues comme des exigences quand le destinataire est convaincu qu’il sera critiqué ou puni s’il n’obtempère pas. Il s’agit bien d’une exigence, par exemple, quand le demandeur essaye de culpabiliser son interlocuteur qui répond négativement. Les exigences génèrent une attitude de refus, de résistance, active ou passive.

La façon de me comporter en face d’un refus montre si j’ai exprimé une demande ou une exigence. Je montre que ma demande est sincère et non une exigence masquée quand je réagis avec empathie au refus, c’est à dire quand je suis prêt à écouter ce qui empêche l’autre de répondre favorablement à ma demande, à écouter ses besoins propres.

 Lorsque mon interlocuteur entend une exigence,il a deux choix : la soumission ou la révolte. Et lorsqu’il entend une critique ou un jugement, il se met sur la défensive et devient plus ou moins agressif. Par la suite il aura fort peu tendance à manifester de l’empathie à mon égard et à se soucier de mes besoins.

Dès que mon interlocuteur comprend que je m’attache en premier lieu à la qualité de la relation, fondée sur la sincérité et l’empathie, et que j’attends de ce processus d’échanges qu’il satisfasse aussi bien mes besoins que les siens, il est assuré que mes demandes sont sincères et ne dissimulent aucune exigence.

La relation devient une relation équilibrée. Il n’y a plus un gagnant et un perdant. Il ne s’agit pas de changer autoritairement, par la manipulation, ou toute autre stratégie comme le chantage, les autres et leurs comportements pour obtenir ce que je veux

L’empathie, être un avec, consiste à donner à l’autre le temps et l’espace dont il a besoin pour s’exprimer pleinement et se sentir compris, entendu, reconnu. C’est une façon pour nous de comprendre avec respect ce que vit l’autre.

L’empathie est également une façon de comprendre ce que nous vivons nous-même. L’empathie ne consiste pas à dire des paroles de réconfort, de consolation, d’explication, ou rassurantes, à donner mon avis, des conseils, avant de m’être assuré que c’est bien ce que demande mon interlocuteur. (il y a 3 « con » à éviter en CNV: conseiller, consoler, comparer) L’empathie requière de faire le vide en moi et d’écouter l’autre de tout mon être.

Quand je reçois un message négatif, il vaut mieux écouter ce dont mon interlocuteur a besoin plutôt que ce qu’il pense de moi. Derrière les messages négatifs, intimidants, désagréables, il y a simplement des individus qui nous prient de satisfaire leurs besoins.

Un message difficile devient une occasion de contribuer au bien-être de quelqu’un, si j’arrive à accéder aux besoins à satisfaire, et à les satisfaire, et parfois simplement à aider l’autre à prendre conscience de ses besoins.

En restant dans une attitude empathique, je permets à mon interlocuteur de plonger plus profondément en lui-même et de se donner de l’empathie.

L’empathie permet d’entendre un refus à une demande sans y voir un rejet de la personne.

Je suis certain d’avoir écouté l’autre avec empathie quand je ressens de la détente, un relâchement de mes propres tensions corporelles, des tensions corporelles de l’autre, et quand il arrête de parler.

L’empathie permet de voir mon univers sous un jour nouveau et d’aller de l’avant. Il est étonnant de voir à quel point ce qui semblait irrémédiablement confus et compliqué se dénoue lorsqu’on est entendu, compris, et que ce qui semblait insoluble trouve une solution dès lors que quelqu’un écoute.

Plus je suis capable de témoigner de l’empathie à l’autre, plus je me sens en sécurité. La capacité à offrir de l’empathie à l’autre dans des moments de grande tension peut désamorcer les risques de violence, d’agressivité.

Les individus qui nous paraissent des monstres, des méchants, sont simplement des êtres dont le langage et le comportement nous empêchent de percevoir l’aspect humain. Il s’agit de désespérés, de malheureux, dont les besoins ne sont pas satisfaits.

 Lorsque j’entends les sentiments et les besoins de l’autre, je renoue avec l’humanité qui nous est commune, avec la vie.

Raconter inlassablement les injustices et les difficultés du passé est stérile, et ne suscite guère d’empathie. Ce dont j’ai vraiment besoin c’est que l’autre entende ma souffrance. L’accès aux sentiments et aux besoins du moment, et leur expression, sont fructueux, à la fois pour obtenir de l’empathie et pour satisfaire les besoins.

Attention au piège qui consiste à exprimer mes émotions, puis mes besoins, puis de formuler une demande sincère, concrète (jusque-là tout va bien), ET D’EXIGER finalement par qui et comment mes besoins doivent être satisfaits. Alors, immédiatement,instantanément, souvent à mon insu, le tyran, le despote, le dictateur, le meurtrier, se manifeste. Du fait que la démarche est correcte initialement j’ai des difficultés à voir le piège, l’erreur, finale.

Il est de mon ressort de reconnaître et d’exprimer mes besoins et mes demandes, pas d’exiger la façon dont ils seront pris en compte et exaucés. La vie s’en chargera.

Il existe deux types de forces dans le monde : la force répressive et la force protectrice. Dans les situations qui ne laissent pas de place à la communication, en cas de danger imminent par exemple, la force doit être employée dans un but de protection. L’intention est alors d’éviter des dommages corporels ou des injustices, pas de punir, ni de faire souffrir, ni d’essayer de faire changer ou repentir, qui que ce soit.

L’usage répressif de la force tend à générer de l’hostilité et à renforcer la résistance au comportement que l’on cherche à susciter. En particulier la peur du châtiment corporel chez l’enfant l’empêche de percevoir la bienveillance, l’intention positive, inhérente aux exigences de ses parents.

Lorsque je crains d’être puni, je ne pense plus qu’aux conséquences de ce qui est interdit, au lieu de tenir compte de mes valeurs, de mes besoins. De plus la crainte de la punition entame la bonne volonté ; plus l’autre me perçoit comme un agent répressif plus il aura du mal à répondre avec bienveillance à mes besoins. Enfin la crainte de la punition compromet l’estime de moi.

La CNV favorise un développement moral fondé sur l’autonomie et l’interdépendance, qui nous amène à reconnaître notre responsabilité pour nos actes, à réaliser que notre propre bien-être et celui des autres ne font qu’un.

La CNV permet de mieux communiquer avec les autres et avec nous-mêmes. Elle permet de traduire nos voix intérieures de jugements, de critiques, de condamnations, de dénigrements, de nous-mêmes, en sentiments et besoins à satisfaire. Nous avons hérité d’injonctions limitatives et destructrices dont nous ne sommes même plus conscients. La souffrance engendrée par nos conditionnements culturels et familiaux fait tellement partie intégrante de nos vies que nous ne la détectons pas.

Formuler ou reformuler en termes de sentiments et besoins ma position et/ou celle d’un interlocuteur permet au moins de comprendre ce qui se joue plus ou moins consciemment pour moi et pour lui, et de trouver une issue favorable, … souvent.