La méditation

Indications générales

Le fondement de la méditation est une expérience de détente dans la présence déjà présente en nous, qui est, littéralement, à dé-couvrir. La présence, sans forme, est  masquée, recouverte, par les formes, les sensations, les émotions, et les pensées.

 Méditer est un entrainement de l’esprit avec l’aide du corps. C’est développer un espace d’ouverture et d’accueil à ce qui se présente, à ce qui est. C’est aussi apprendre le discernement des formes et du sans-forme, et de notre double nature, humaine et divine, limitée et illimitée, périssable et impérissable.

 Méditer fait appel à une ressource naturelle ignorée ou négligée, la capacité de tourner notre champ de conscience vers nous-même, vers nos sensations, nos ressentis, nos pensées, et à nous en occuper.

Méditer n’est pas repeindre la vie en rose, ou faire le vide en soi, ou essayer de ne plus penser. C’est accueillir à égalité le facile et le difficile, le calme et la tempête, les hauts et les bas de l’existence, les variations de la météorologie intérieure, les crispations, les tensions, le bavardage et les tourments intérieurs, les scénarios personnels de toutes sortes.

Avec la pratique nous devenons vastes, nous nous élargissons, nous accédons à une dimension de nous-même, un espace intérieur de sécurité, de tranquillité, de sérénité, qui retentit sur nos activités et sur nos relations.

Au lieu d’être rétrécis, limités, à nos rôles sociaux, familiaux, professionnels, nous nous découvrons, nous nous connaissons, comme bien plus ouverts, plus souples, plus disponibles. Du simple fait de l’élargissement de notre champ de conscience, les identifications à nos rôles, à ce que nous croyons de nous-mêmes, des autres, et de la vie, par imitation et par copiage, cessent.

La méditation est une forme d’oraison. Elle permet de développer l’intériorité, d’entrer en intimité avec nous-même, de prendre conscience de nos mécanismes, et de nous connecter à l’être fondamental, qu’on appelle parfois Dieu. La contemplation se produit alors, ainsi que la joie et la paix qui dépasse toute compréhension.

 Par ailleurs la méditation a un effet bénéfique sur la santé physique organique. C’est une des raisons pour lesquelles la méditation connait un engouement important actuellement. Elle amène à un remodelage du cerveau, des connexions inter-neuroniques, et à des guérisons parfois étonnantes.

Posture et pratique.

 Il s’agit d’adopter une position confortable, ni trop relâchée, ni trop tendue, afin d’entrer dans la posture et de la maintenir. Asseyez-vous dans une posture digne, sur une chaise ou sur un coussin, en étant posé, déposé, le plus complètement possible sur votre assise, dans votre assise.

Le dos est droit, vertical, et détendu, sans s’appuyer sur le dossier si vous êtes sur une chaise. La tête est droite, le menton légèrement rentré, les yeux ouverts ou mi-clos, le regard vaste dirigé vers le sol. La bouche est entr’ouverte, les lèvres closes, la langue détendue dans la bouche et la pointe posée derrière les dents du maxillaire supérieur. Les épaules sont relâchées, détendues, la poitrine est ouverte, les coudes un peu écartés du corps, le ventre relâché. Les mains sont posées sur les genoux, coudes fléchis, ou posées l’une sur l’autre dans le giron les pouces en contact l’un avec l’autre par la pulpe. Le bassin est tiré vers le bas et l’arrière, la cambrure lombaire effacée. Si vous êtes assis sur un coussin les jambes sont repliées en tailleur ou en semi lotus ou en lotus complet ; les genoux sont au niveau des hanches ou en dessous, le plus près du sol possible. Si vous êtes sur une chaise les pieds sont à plat sur le sol, parallèles entre eux.

Assise sur un petit banc
Assise sur un coussin


Prenez le temps d’installer la posture, de vous installer dans la posture, de telle sorte qu’elle puisse être maintenue avec le minimum d’effort et sans tension. Une fois que la posture est prise, que vous êtes installé dans la posture, à la fois présent et détendu, essayez de ne plus bouger pendant la durée de la méditation.

Maintenant ouvrez-vous à votre respiration, tournez votre attention vers la respiration. Remarquez que vous êtes en train de respirer, que c’est tout votre corps qui respire, qui inspire, puis qui expire. Puis soyez conscients de tous vos sens. Mettez vous à l’écoute. Entrez dans une écoute simple et profonde, avec tout votre corps. Car nous écoutons non seulement avec nos oreilles mais aussi avec notre corps tout entier. Ecoutez de tout votre corps, tout simplement, le silence et les bruits. C’est ainsi que vous pouvez Entendre. De même vous Regardez de tout votre corps et vous pouvez Voir. Ecouter et Regarder en méditant amène à Entendre et Voir, c’est-à-dire contempler et Comprendre.

Assise sur une chaise
Verticalité extérieure et intérieure.

                                                  

Cela peut paraitre contradictoire, mais tout l’art de la méditation consiste à délaisser le méditant. Le méditant en nous essaye de calmer son mental ou de suivre sa respiration dans le but d’atteindre un certain état. Le méditant est cette part de nous-même qui a entendu parler de la méditation, qui s’est renseigné sur la pratique et ce qui doit se produire pendant la méditation. Il est cette part de nous-même qui cherche à obtenir quelque chose.

Il est nécessaire de passer par cette étape pour accéder à la méditation. Mais le premier mouvement de la méditation véritable consiste à renoncer au méditant, à délaisser celui qui fait des efforts, celui qui essaye de changer, ou celui qui essaye de bien méditer.

La méditation est certaine mais celui qui médite, le méditant, est discutable. Parce qu’il y a une méditation nous croyons qu’il existe un méditant, mais c’est une croyance discutable. De même pour l’action et celui qui agit : l’action est certaine mais celui qui agit est discutable. De même également pour la respiration. Nous disons que nous respirons. Mais où est le « moi » qui respire, le « je »qui respire ? La respiration se produit d’elle-même. Le corps respire, inspire, puis expire. Et si vous cherchez un « moi », un« je », qui respire, vous n’en trouverez pas.

De même si vous cherchez un « moi » ou un« je » qui médite. Essayez de le trouver. Voyez-vous une entité définie qui puisse dire « je médite » ? C’est impossible. Il n’y a pas de méditant, pas de « je » qui médite, mais seulement la méditation, la méditation qui se produit d’elle-même. Comme il y a seulement la respiration, qui se produit d’elle-même, et pas de « je » qui respire.Comme il y a l’action et pas de « je » défini qui agit. Cependant il y a habituellement, et pendant longtemps, l’idée de quelqu’un qui médite, l’idée d’un méditant, comme l’idée de quelqu’un qui respire, ou de quelqu’un qui agit, ou de quelqu’un qui pense.

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 Prenez contact avec votre être. Etablissez la communication avec votre corps. Permettez simplement à tout ce qui est, d’être tel qu’il est, sans tenter de changer quoi que ce soit ; en renonçant à tout effort, sans essayer de réussir quelque chose, ni d’atteindre quoi que ce soit, sans attendre rien de particulier.

Alors s’ouvre l’expérience de permettre à tout ce qui est d’être ce qu’il est, et de se laisser surprendre par ce qui arrive. En l’absence du méditant, de l’idée du méditant, les choses sont simplement ce qu’elles sont. Voilà le point de départ de la méditation véritable. Il s’agit de constater ce qui est, ce qui se passe, dans le corps et hors du corps,simplement, sans chercher quoi que ce soit de mieux, de différent, d’autre.

Qu’arrive-t-il quand nous laissons les choses être ce qu’elles sont telles qu’elles sont, lorsque nous permettons mentalement à tout ce qui est d’être, lorsque nous consentons que les choses soient ce qu’elles sont, lorsque nous sommes d’accord avec ce qui est ?

Si vous êtes présent à vous-même de cette façon vous remarquerez peut-être certains points de tensions dans votre corps, ou encore de l’anxiété. Votre corps est en train de vous dire que vous ne permettez pas à tout ce qui est d’être tel qu’il est. Laissez la tension être telle qu’elle est, comme elle est. Voyez-la simplement. Respirez consciemment. Peut-être la tension se relâchera, ou non. Ne vous crispez pas là-dessus.

 Si vous ressentez une forme quelconque d’agitation,qui peut aller jusqu’à la tempête, restez ouvert à cette agitation : laissez-la être tout simplement. Vous pouvez aussi ressentir de l’assoupissement, de la torpeur.

Vous constatez ce qui se passe quand vous permettez à tout ce qui est d’être tel qu’il est : le silence et la tranquillité, mais aussi les tensions, les agitations, les émotions, toutes les formes de refus,de résistance.

Constatez ce qui arrive quand vous renoncez à faire des efforts. Soyez présent à votre propre expérience. Voyez ce qui ce passe si vous laissez votre moi se détendre. Laissez-vous aller à la détente autant que possible. En relâchant contrôle et effort vous prendrez conscience d’une étendue spacieuse, d’un sentiment d’ouverture. L’absence du contrôle, l’absence du méditant, de l’idée du méditant, constitue une expérience extra-ordinaire d’ouverture, et un sentiment de présence.

Cette ouverture, comme ce sentiment de présence, vous pouvez les ressentir. Il n’y a rien à comprendre intellectuellement.Ouvrez-vous seulement à cette présence.

En sachant que des tsunamis émotionnels et mentaux sur lesquels nous n’avons pas de prise peuvent aussi se lever dans cet espace d’accueil, dans cette présence. Des cyclones intérieurs auxquels nous ne pouvons pas échapper et qu’il s’agit simplement d’accepter, sans chercher aucune solution, aucune issue.

Si le méditant s’interroge : « Est-ce que je procède comme il se doit ? », notez sa présence comme un effort de contrôle, et contentez-vous de le constater. Ne tentez de chasser aucune pensée, ne tentez de chasser aucun sentiment. Tout se manifeste dans l’ouverture de la conscience. Une pensée, ou un tourbillon de pensées et d’émotions, peuvent vous traverser l’esprit, ou pas. Rendez-vous compte qu’il s’agit de pensées ou d’émotions. Laissez-les passer sans les suivre ni vous y opposer,comme des nuages dans le ciel. Abandonnez le contrôle de plus en plus profondément et complètement. Observez simplement ce qui arrive, sans conclusion, sans jugement, sans commentaire, sans analyse. Laissez-vous aller au sentiment d’être, à la sensation de présence de fond, qui apparait tôt ou tard. Vous découvrirez l’espace de conscience naturel qui ne demande ni effort ni tension. Notre nature-même est d’être conscient. Remarquez que la conscience fonctionne sans aucun effort.

La conscience, c’est l’espace d’entre-deux, d’entre deux paroles, d’entre deux respirations, d’entre deux pensées, d’entre deux émotions. Pour le mental cela ressemble au néant ; le mental juge que c’est le néant, mais ce n’est pas le néant. Si cela ressemble au néant c’est uniquement parce que le mental ne peut le comprendre. Le mental ne peut pas le saisir parce qu’il fait partie, lui, de la conscience conditionnée, du monde des formes. Les sensations, les pensées et les émotions, comme tous les objets, subtils et grossiers, sont des formes.

Voyez la profondeur, le silence intérieur, qui sous-tend les formes, voyez la conscience sans forme. Nous y accédons, non pas au moyen d’une technique, mais simplement par le pouvoir de la présence, de la vigilance, ici et maintenant.

La quiétude entre les mots, entre les pensées, est la pure conscience-même, la conscience inconditionnée. Une fois que vous l’avez sentie et que vous la connaissez, vous vous rendez compte que c’est un espace d’une telle beauté et d’une telle plénitude qu’il se suffit à lui-même. Voyez, reconnaissez, que la quiétude, le silence intérieur, est le centre radieux de ce que vous êtes, de qui vous êtes.

La sensation de présence peut disparaitre derrière ou sous les pensées, les émotions, les tensions physiques, le bavardage intérieur. Elle est alors voilée par ces manifestations comme le ciel bleu est voilé parles nuages quand il y a des orages. Et de même que les nuages finissent par disparaitre et laisser réapparaitre le ciel bleu, de même les orages intérieurs finissent par disparaître et laisser réapparaitre le sentiment d’être, la présence sans forme.

Toutes les techniques de méditation visent à nous amener à cet état. Si elles n’y réussissent pas pour la plupart, c’est parce qu’elles fixent un but, un résultat, et vous accordent du temps pour y parvenir. Elles comportent des étapes : étape 1, étape 2, étape 3, …..  en faisant ceci en faisant cela.

Chaque fois que nous perdons le contact avec l’être,avec la présence, avec la conscience, et que nous dérivons vers le mental, nous trouvons ennuyeux d’être là à écouter des paroles, ou simplement être assis sans bruit. Parce que sans l’élément temps et dans le silence, le mental se sent très frustré.

Rester Ici et Maintenant, de plus en plus souvent et de plus en plus profondément, dans la plénitude de l’être, dans la quiétude, dans le silence intérieur, c’est cela la méditation véritable, la méditation naturelle, au-delà de toute technique. Alors la méditation devient contemplation.

                                                             Elisabeth et Pascal Tellier avec Eckhart Tolle et Nisargadatta Maharadj

                                                             MPB 2013 – 2016